Depuis 1982, la décentralisation permet aux départements et aux régions d’intervenir, par le biais d’une clause de « compétence générale », dans des domaines jusque là réservés à l’Etat. Conséquence prévisible, de nombreux problèmes de financements croisés et d’enchevêtrement de compétences ont abouti, bien souvent, à la paralysie de l’action locale et à la création de nombreuses structures donc à l’embauche de nouveaux fonctionnaires. Outre le risque de reconstituer les anciennes féodalités, évoqué à l’époque par Michel Debré, la question de la dépense publique préoccupait déjà les adversaires du projet. « Vous condamnez l’Etat à la ruine » annonçait alors l’ancien Premier Ministre. Les faits lui auront donné raison !
Se croyant à la tête de mini-Etats, les présidents de région se sont mis à dépenser sans compter : 85 000 euros pour un sondage de popularité et 53 000 euros pour l’achat d’un 4X4 par G. Frêche, 10 à15 millions pour tenter de rebaptiser la région Languedoc-Roussillon, 200 millions pour la construction du siège des élus de Rhône-Alpes, 21 000 euros de cigares pour le président de la Picardie ! Tout aussi étonnant, les dépenses de communication ont explosé : hausse de 176% en Bourgogne, de 126% en Auvergne, de 71% en Picardie ou encore de 57% en Rhône-Alpes. En Ile-de-France, de 1998 à 2008, ces dépenses seraient passées de 4,8 à 15 millions d’euros.
Autre grande source de gaspillage, le « saupoudrage » de crédits est largement utilisé par les régions. Ce procédé ruineux consiste à verser des petites sommes à de nombreux organismes ou associations. Ainsi, la Bourgogne a alloué 4000 euros au développement des échanges entre éleveurs bourguignons et touaregs, l’Ile-de-France a octroyé 13 500 euros à l’association Jupes et Talons, 20 000 euros à un programme d’étude sur les écrevisses ou, mieux encore, 400 000 euros pour aider au financement d’un musée…à Santiago ! Autant d’investissements très éloignés des missions originelles et des compétences des régions. Tout comme les politiques de coopération décentralisée qui conduisent certaines régions à établir des liens avec des collectivités locales étrangères ou à financer l’aide au développement (budget de 120 millions en Rhône-Alpes !).
Pour financer ces dépenses, les collectivités locales n’ont pas la possibilité de voter des budgets en déséquilibre. A chaque dépense doit correspondre une recette. La tentation est donc grande de recourir à l’impôt. En cinq ans, ces impôts régionaux ont augmenté de 36% en moyenne. Sans recours à une véritable évaluation des politiques publiques et sans un retour à une certaine moralité chez les élus, les Français continueront à payer le prix de cette gestion désastreuse. En mars prochain, chacun d’entre nous pourra décider de l’avenir de notre région : quitte ou double ?
(source: Valeurs actuelles 28 janvier 2010, Josée Pochat)